Critères de dépistage

Un dépistage est qualifié de pertinent lorsqu’il concourt à améliorer la morbidité et la mortalité d’une population. Cette pertinence est jugée au travers d’une liste de critères en rapport avec la nature de l’affection à dépister, les qualités du test de dépistage utilisé, le diagnostic, le traitement de l’affection dépistée, ainsi que l’efficacité et la sécurité, les implications économiques, l’organisation et l’évaluation du dépistage.

Les critères établis par l’OMS en 1970 pour la mise en œuvre du dépistage d’une maladie étaient les suivants :

  • La maladie dont on recherche les cas constitue une menace grave pour la santé publique.

  • Un traitement d’efficacité démontrée peut être administré aux sujets chez lesquels la maladie a été décelée.

  • Les moyens appropriés de diagnostic et de traitement sont disponibles.

  • La maladie est décelable pendant une phase de latence ou au début de la phase clinique.

  • Une épreuve ou un examen de dépistage efficace existe.

  • L’épreuve utilisée est acceptable pour la population.

  • L’histoire naturelle de la maladie est connue, notamment son évolution de la phase de latence à la phase symptomatique.

  • Le choix des sujets qui recevront un traitement est opéré selon des critères préétablis.

  • Le coût de la recherche des cas (y compris les frais de diagnostic et de traitement des sujets reconnus malades) n’est pas disproportionné par rapport au coût global des soins médicaux.

  • La recherche des cas est continue et elle n’est pas considérée comme une opération exécutée « une fois pour toutes ».


L’ANAES a actualisé ces critères en 2004

« Les répercussions de la maladie sur l’individu et la société doivent avoir été mesurées (en termes de morbidité/mortalité, d’impact socio-économique).
L’épidémiologie et l’histoire naturelle de la maladie doivent être suffisamment connues (y compris le développement de la maladie du stade latent au stade déclaré).
Toutes les interventions de prévention primaire coût-efficaces doivent, autant que possible, avoir été mises en œuvre.
Un test de dépistage simple à mettre en œuvre, fiable, reproductible et valide doit être disponible.
Le test doit être acceptable par la population.
Un accord est nécessaire dans la communauté scientifique sur les investigations diagnostiques à poursuivre chez les personnes dont le test est positif et sur les choix disponibles pour ces individus.
Une intervention doit être efficace pour les patients identifiés précocement, avec la preuve que l’intervention plus précoce apporte de meilleurs résultats que l’intervention plus tardive.
Une politique consensuelle et fondée sur les preuves d’identification des individus susceptibles de bénéficier de l’intervention est nécessaire, ainsi que des interventions adaptées susceptibles d’être dispensées.
Le critère de jugement est un indicateur qui doit refléter l’état de santé des individus soumis au dépistage (mortalité, morbidité). Les seuls critères biologiques, radiologiques ou autres, souvent choisis dans les essais thérapeutiques, ne sont pas pertinents dans le contexte particulier de l’évaluation d’un dépistage qui s’adresse initialement à des sujets asymptomatiques et qui se considèrent comme bien portants.
Le critère de jugement idéal lors d’une étude évaluant l’efficacité du dépistage est le taux de mortalité ou de morbidité spécifique de la maladie dépistée. La réduction de la mortalité signe la prévention des décès spécifiques liés à la maladie recherchée, ou, du moins, le fait qu’ils aient été dépistés au-delà de la période de suivi. La baisse de l’incidence d’une maladie est également un critère pertinent lorsque l’on détecte une « pré-maladie » (cancer du col, du côlon, hypertension artérielle).
Le taux de participation au test de dépistage est un des indicateurs de l’acceptation de ce dernier par les malades et leur médecin. Il permet donc d’évaluer l’efficacité potentielle du programme de dépistage. En dessous d’un certain taux de participation, le programme de dépistage n’est plus efficace, d’un point de vue collectif. Cet indicateur est disponible rapidement après le début de l’étude. Un taux de participation très faible rendra inutile la poursuite de l’étude mais un taux de participation élevé ne signe pas obligatoirement l’efficacité du dépistage. C’est un critère d’évaluation indirect facile à obtenir qui peut être retenu comme critère de jugement secondaire.
Le dépistage organisé se justifie lorsqu’il offre un rapport coût-efficacité avantageux relativement à une situation de référence (absence de dépistage ou dépistage individuel)et au regard de ce que le financeur est disposé à payer pour privilégier cette intervention de santé.
Il doit y avoir un plan de gestion et de contrôle du programme de dépistage et un ensemble de standards d’assurance qualité reconnus par la communauté médicale.
Une dotation adéquate en personnel et en équipements pour la pratique du test, le diagnostic, le traitement et la gestion de programme doit être disponible avant le commencement du programme de dépistage.
Toutes les autres possibilités pour gérer la maladie doivent avoir été considérées (par exemple, amélioration de la prise en charge globale).
Il faut assurer la continuité d’action dans la recherche des cas et non la considérer comme une opération exécutée « une fois pour toutes ».
Afin d’assurer la participation optimale de la population cible, la meilleure information possible devrait être largement diffusée. Des programmes de sensibilisation devraient être organisés à la fois pour la population cible et les professionnels de la santé.
Le manque d’information sur les aspects positifs et négatifs du dépistage est inacceptable sur le plan éthique et constitue une atteinte à l’autonomie de l’individu.
Si un dépistage peut être systématiquement proposé, afin de garantir l’équité dans l’accès à celui-ci, les individus doivent rester libres d’accepter ou de refuser le test. Le consentement doit être obtenu après information sur les avantages et inconvénients du dépistage.
Les critères et les indicateurs d’évaluation doivent être validés, en nombre limité, et choisis dès l’étape d’évaluation a priori sur la base des résultats de l’étude bibliographique ou de l’avis motivé d’experts ».

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